Aller au contenu
Armure de samouraï complète avec casque et masque, exposée dans un musée

Histoire des disciplines

Du samouraï au tatami

Quatre siècles séparent les écoles de combat des guerriers japonais de nos cours du mardi soir. Voici comment le ju-jitsu, le judo, le taïso et le ju-jitsu brésilien sont arrivés jusqu'à nous.

Ju-jitsu

L'art des guerriers japonais · XVIe-XIXe siècle

Le ju-jitsu (jūjutsu, « la technique de la souplesse ») n'a pas d'inventeur. Le mot désigne un ensemble de techniques de combat à mains nues ou avec des armes légères, pratiquées par les guerriers japonais, les bushi, et transmises au sein d'écoles, les ryū. On parlait aussi de yawara ou de kumiuchi : le nom de jūjutsu ne s'impose qu'à l'époque d'Edo.

Parmi les écoles connues, la Takenouchi-ryū, fondée selon la tradition en 1532 par Takenouchi Hisamori, est souvent citée comme l'une des plus anciennes. Pendant la longue paix de l'époque d'Edo (1603-1868), des centaines d'écoles voient le jour, chacune avec ses projections, ses clés et ses immobilisations.

L'ère Meiji bouleverse tout. Après 1868, le Japon se modernise à marche forcée, le statut de samouraï disparaît et le port du sabre est interdit en 1876. Beaucoup d'écoles déclinent. C'est pourtant dans cet héritage qu'un jeune étudiant, Jigorō Kanō, va puiser pour créer le judo.

Estampe japonaise : un samouraï en armure rouge, arc à la main, sur un cheval gris
Samouraï à cheval, estampe japonaise.Photo : Auteur inconnu, Domaine public
Armure de samouraï complète avec casque et masque, exposée dans un musée
Armure de samouraï, Hancock Historical Museum.Photo : Mbrickn, CC BY 4.0
Photo d'archive, 1905 : démonstration de jiu-jitsu devant des hommes en costume, dans un salon parisien
« Démonstration de jiu-jitsu à la préfecture de police », Paris, novembre 1905 (titre de la notice d'archive).Agence Rol · Photo : Agence Rol, Domaine public
Photo d'archive, 1905 : un pratiquant de jiu-jitsu immobilise son partenaire au sol devant un rideau
Démonstration de jiu-jitsu, Paris, vers 1905.Agence Rol · Photo : Agence Rol. Agence photographique (commanditaire), Domaine public

Paris, 1905 : la mode du jiu-jitsu

Vers 1900, le « jiu-jitsu », comme on l'écrit alors, gagne l'Europe. En octobre 1905, à Paris, Ernest Régnier, dit « Re-Nie », formé à Londres, bat le boxeur de savate Georges Dubois. La presse s'enflamme et le jiu-jitsu devient à la mode ; Re-Nie l'enseigne ensuite à des policiers parisiens.

Aujourd'hui

Le jujitsu est l'une des disciplines de la Fédération française de judo, jujitsu, kendo et disciplines associées (FFJDA). Au club, il est enseigné dans sa forme self-défense : dégagements, clés, projections et réponses à des situations d'agression.

Le cours de ju-jitsu self-défense

Judo

Jigorō Kanō et le Kōdōkan · depuis 1882

Jigorō Kanō naît le 28 octobre 1860 à Mikage, près de Kobe. Étudiant à Tokyo, il apprend le jujutsu auprès de deux écoles, la Tenjin Shin'yō-ryū et la Kitō-ryū. Il en garde les techniques les plus efficaces, écarte les plus dangereuses et en fait une méthode d'éducation : le judo, « la voie de la souplesse ».

Au printemps 1882 (en mai, selon le Kōdōkan), il ouvre son école dans un temple bouddhiste de Tokyo, l'Eishō-ji, avec une dizaine d'élèves : c'est la naissance du Kōdōkan, toujours en activité.

Portrait peint de Jigorō Kanō âgé, en kimono bleu, sur fond rouge
Kanō âgé, portrait peint.Photo : Llyn Hunter, CC BY-SA 3.0

Seiryoku zen'yō

Le meilleur emploi de l'énergie.

Jita kyōei

Entraide et prospérité mutuelles.

Ces deux principes, formalisés par Kanō en 1922, résument son idée : utiliser au mieux sa force, et progresser avec les autres plutôt que contre eux. Premier membre asiatique du Comité international olympique en 1909, il meurt en mer le 4 mai 1938. Le judo entre aux Jeux olympiques en 1964, à Tokyo ; le judo féminin y devient officiel en 1992, à Barcelone.

Le judo en France

En 1935, le Japonais Mikinosuke Kawaishi s'installe en France. Il collabore avec Moshé Feldenkrais au Jiu-Jitsu Club de France et met au point la « méthode Kawaishi », avec ses techniques numérotées et ses ceintures de couleur. En 1946 naît la Fédération française de judo et jiu-jitsu, ancêtre de l'actuelle FFJDA, à laquelle notre club est affilié.

Les cours de judo
Portrait photographique de Jigorō Kanō, fondateur du judo, en costume
Jigorō Kanō (1860-1938), fondateur du judo.Photo : Auteur inconnu, Domaine public
Statue de bronze de Jigorō Kanō dans le hall du Kōdōkan, à Tokyo
Statue de Kanō au Kōdōkan.Photo : Fumio Asakura, Domaine public
Entrée vitrée du bâtiment du Kōdōkan, à Tokyo
L'entrée du Kōdōkan, à Tokyo.Photo : Henrik Probell (Probell), CC BY-SA 2.5
Une judokate en kimono blanc projette son adversaire pour marquer ippon
Photo d'illustration · Photo : Kurt Nordstrom, CC BY 2.0

Taïso

La préparation du corps · une pratique sans date de naissance

Taïso (体操) signifie simplement « gymnastique » en japonais. Il n'a donc ni fondateur ni date de naissance : c'est la préparation physique que les judokas pratiquent depuis toujours (échauffement, renforcement, souplesse), devenue un cours à part entière.

Ses racines plongent dans deux traditions. D'un côté, Jigorō Kanō, éducateur avant tout, voulait que le judo forme le corps autant que l'esprit ; dans les années 1920, il conçoit même une gymnastique destinée à tous, le Seiryoku zen'yō kokumin taiiku. De l'autre, le Japon adopte la gymnastique collective : le 1er novembre 1928, la radio de Tokyo diffuse la première séance de radio taisō, inspirée d'émissions d'un assureur américain. Elle est encore diffusée aujourd'hui.

En France, le taïso est proposé dans les clubs affiliés à la FFJDA : un cours sans chute ni combat, ouvert à tous, pour se renforcer et garder la forme.

Le cours de taïso
Photo d'archive des années 1930 : des dizaines d'écoliers japonais font la gymnastique en rangs dans une cour
Écoliers japonais pratiquant la gymnastique radiodiffusée, années 1930.Photo : Auteur inconnu, Domaine public
Une femme tient la position de la planche sur un tapis rouge
Le gainage, exercice de base du taïso.Photo : Shixart1985, CC BY 2.0

Jiu-jitsu brésilien

Du Kōdōkan à Rio de Janeiro · XXe siècle

Portrait en pied de Mitsuyo Maeda vers 1910, en manteau et canne à la main
Mitsuyo Maeda 1878-1941, vers 1910.Photo : Auteur inconnu, Domaine public
Portrait photographique de Carlos Gracie en 1951, de profil
Carlos Gracie 1902-1994, en 1951.Photo : Auteur inconnu, Domaine public
Portrait d'Hélio Gracie âgé, en kimono blanc, assis devant un emblème de ju-jitsu
Hélio Gracie 1913-2009.Photo : Helio Gracie, CC0

L'histoire du ju-jitsu brésilien commence… au Kōdōkan. Mitsuyo Maeda (1878-1941), judoka formé dans l'école de Kanō, quitte le Japon en 1904 pour faire connaître le judo à l'étranger. Après des années de démonstrations et de combats en Amérique et en Europe, où il se fait appeler « Conde Koma », il arrive au Brésil en 1914 et s'installe à Belém, en Amazonie.

Selon la tradition familiale, le jeune Carlos Gracie commence à apprendre auprès de Maeda vers 1917 ; la durée et la nature de cet apprentissage restent discutées par les historiens. Carlos ouvre ensuite une académie à Rio de Janeiro : en 1925 selon la famille, vers 1930 selon les documents de l'époque.

Son frère cadet, Hélio Gracie, devient la grande figure de la méthode. Selon la tradition, il adapte les techniques pour privilégier le levier et le placement plutôt que la force, afin qu'un pratiquant léger puisse tenir tête à plus lourd. Le combat au sol devient le cœur de la discipline.

Le monde la découvre le 12 novembre 1993, à Denver : Royce Gracie, fils d'Hélio, remporte le premier tournoi de l'UFC. Le ju-jitsu brésilien se pratique aujourd'hui sur tous les continents.

Les cours de ju-jitsu brésilien
Deux pratiquants de ju-jitsu brésilien au sol, l'un tentant une clé de bras
Photo d'illustration · Photo : U.S. Army photo by Pfc. Shawn Warren, Domaine public