
Histoire des disciplines
Du samouraï au tatami
Quatre siècles séparent les écoles de combat des guerriers japonais de nos cours du mardi soir. Voici comment le ju-jitsu, le judo, le taïso et le ju-jitsu brésilien sont arrivés jusqu'à nous.
Chronologie
Cinq siècles en onze dates
Chaque date renvoie au chapitre correspondant. Couleurs : ju-jitsu, judo, taïso, ju-jitsu brésilien.
- 1532Ju-jitsuFondation, selon la tradition, de la Takenouchi-ryū, souvent citée parmi les plus anciennes écoles de jujutsu.
- 1603-1868Ju-jitsuÉpoque d'Edo : des centaines d'écoles (ryū) de jujutsu voient le jour.
- 1876Ju-jitsuInterdiction du port du sabre : la fin des samouraïs fait décliner les écoles.
- 1882JudoJigorō Kanō fonde le Kōdōkan à Tokyo, avec une dizaine d'élèves.
- 1905Ju-jitsuParis découvre le jiu-jitsu : Re-Nie bat le boxeur de savate Georges Dubois.
- 1914JJBLe judoka Mitsuyo Maeda arrive au Brésil.
- 1928TaïsoPremière émission de radio taisō, la gymnastique radiodiffusée japonaise.
- 1935JudoMikinosuke Kawaishi arrive en France.
- 1946JudoCréation de la Fédération française de judo et jiu-jitsu, ancêtre de la FFJDA.
- 1964JudoLe judo entre aux Jeux olympiques, à Tokyo.
- 1993JJBRoyce Gracie remporte le premier UFC : le JJB se fait connaître dans le monde entier.
Ju-jitsu
L'art des guerriers japonais · XVIe-XIXe siècle
Le ju-jitsu (jūjutsu, « la technique de la souplesse ») n'a pas d'inventeur. Le mot désigne un ensemble de techniques de combat à mains nues ou avec des armes légères, pratiquées par les guerriers japonais, les bushi, et transmises au sein d'écoles, les ryū. On parlait aussi de yawara ou de kumiuchi : le nom de jūjutsu ne s'impose qu'à l'époque d'Edo.
Parmi les écoles connues, la Takenouchi-ryū, fondée selon la tradition en 1532 par Takenouchi Hisamori, est souvent citée comme l'une des plus anciennes. Pendant la longue paix de l'époque d'Edo (1603-1868), des centaines d'écoles voient le jour, chacune avec ses projections, ses clés et ses immobilisations.
L'ère Meiji bouleverse tout. Après 1868, le Japon se modernise à marche forcée, le statut de samouraï disparaît et le port du sabre est interdit en 1876. Beaucoup d'écoles déclinent. C'est pourtant dans cet héritage qu'un jeune étudiant, Jigorō Kanō, va puiser pour créer le judo.




Paris, 1905 : la mode du jiu-jitsu
Vers 1900, le « jiu-jitsu », comme on l'écrit alors, gagne l'Europe. En octobre 1905, à Paris, Ernest Régnier, dit « Re-Nie », formé à Londres, bat le boxeur de savate Georges Dubois. La presse s'enflamme et le jiu-jitsu devient à la mode ; Re-Nie l'enseigne ensuite à des policiers parisiens.
Aujourd'hui
Le jujitsu est l'une des disciplines de la Fédération française de judo, jujitsu, kendo et disciplines associées (FFJDA). Au club, il est enseigné dans sa forme self-défense : dégagements, clés, projections et réponses à des situations d'agression.
Le cours de ju-jitsu self-défenseJudo
Jigorō Kanō et le Kōdōkan · depuis 1882
Jigorō Kanō naît le 28 octobre 1860 à Mikage, près de Kobe. Étudiant à Tokyo, il apprend le jujutsu auprès de deux écoles, la Tenjin Shin'yō-ryū et la Kitō-ryū. Il en garde les techniques les plus efficaces, écarte les plus dangereuses et en fait une méthode d'éducation : le judo, « la voie de la souplesse ».
Au printemps 1882 (en mai, selon le Kōdōkan), il ouvre son école dans un temple bouddhiste de Tokyo, l'Eishō-ji, avec une dizaine d'élèves : c'est la naissance du Kōdōkan, toujours en activité.

Seiryoku zen'yō
Le meilleur emploi de l'énergie.
Jita kyōei
Entraide et prospérité mutuelles.
Ces deux principes, formalisés par Kanō en 1922, résument son idée : utiliser au mieux sa force, et progresser avec les autres plutôt que contre eux. Premier membre asiatique du Comité international olympique en 1909, il meurt en mer le 4 mai 1938. Le judo entre aux Jeux olympiques en 1964, à Tokyo ; le judo féminin y devient officiel en 1992, à Barcelone.
Le judo en France
En 1935, le Japonais Mikinosuke Kawaishi s'installe en France. Il collabore avec Moshé Feldenkrais au Jiu-Jitsu Club de France et met au point la « méthode Kawaishi », avec ses techniques numérotées et ses ceintures de couleur. En 1946 naît la Fédération française de judo et jiu-jitsu, ancêtre de l'actuelle FFJDA, à laquelle notre club est affilié.
Les cours de judo


Taïso
La préparation du corps · une pratique sans date de naissance
Taïso (体操) signifie simplement « gymnastique » en japonais. Il n'a donc ni fondateur ni date de naissance : c'est la préparation physique que les judokas pratiquent depuis toujours (échauffement, renforcement, souplesse), devenue un cours à part entière.
Ses racines plongent dans deux traditions. D'un côté, Jigorō Kanō, éducateur avant tout, voulait que le judo forme le corps autant que l'esprit ; dans les années 1920, il conçoit même une gymnastique destinée à tous, le Seiryoku zen'yō kokumin taiiku. De l'autre, le Japon adopte la gymnastique collective : le 1er novembre 1928, la radio de Tokyo diffuse la première séance de radio taisō, inspirée d'émissions d'un assureur américain. Elle est encore diffusée aujourd'hui.
En France, le taïso est proposé dans les clubs affiliés à la FFJDA : un cours sans chute ni combat, ouvert à tous, pour se renforcer et garder la forme.
Le cours de taïso

Jiu-jitsu brésilien
Du Kōdōkan à Rio de Janeiro · XXe siècle



L'histoire du ju-jitsu brésilien commence… au Kōdōkan. Mitsuyo Maeda (1878-1941), judoka formé dans l'école de Kanō, quitte le Japon en 1904 pour faire connaître le judo à l'étranger. Après des années de démonstrations et de combats en Amérique et en Europe, où il se fait appeler « Conde Koma », il arrive au Brésil en 1914 et s'installe à Belém, en Amazonie.
Selon la tradition familiale, le jeune Carlos Gracie commence à apprendre auprès de Maeda vers 1917 ; la durée et la nature de cet apprentissage restent discutées par les historiens. Carlos ouvre ensuite une académie à Rio de Janeiro : en 1925 selon la famille, vers 1930 selon les documents de l'époque.
Son frère cadet, Hélio Gracie, devient la grande figure de la méthode. Selon la tradition, il adapte les techniques pour privilégier le levier et le placement plutôt que la force, afin qu'un pratiquant léger puisse tenir tête à plus lourd. Le combat au sol devient le cœur de la discipline.
Le monde la découvre le 12 novembre 1993, à Denver : Royce Gracie, fils d'Hélio, remporte le premier tournoi de l'UFC. Le ju-jitsu brésilien se pratique aujourd'hui sur tous les continents.
Les cours de ju-jitsu brésilien
Sources
- Takenouchi-ryū : présentation de l'école (en anglais)
- Fédération internationale de judo : « Jigoro Kano, who was he really? »
- Fédération internationale de judo : chronologie du judo
- Comité olympique japonais : Kanō Jigorō
- Bartitsu Society : Re-Nie contre Dubois, 1905
- Wikipédia : Mikinosuke Kawaishi
- Japan Post Insurance : histoire de la radio taisō (en japonais)
- Wikipedia : Seiryoku Zen'yō Kokumin Taiiku
- Wikipedia : Mitsuyo Maeda
- Wikipedia : Carlos Gracie · Hélio Gracie
- Wikipedia : UFC 1 (1993)